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Sport

Jeux des îles de l'Océan Indien – 40 ans d’histoire | 10 August 2019

Jeux des îles de l'Océan Indien – 40 ans d’histoire

Des jeux en danger de perdre son âme

 

Les Jeux des îles de l'océan Indien, la compétition multisports de la région, viennent de fêter ses 40 ans. Un anniversaire célébré par la 10ème édition de ces Jeux tenue à l’île Maurice du 19 au 28 juillet dernier. En 1974, le Comité Olympique régional de la Réunion décide d’organiser une compétition multisports dans l’Océan Indien, compétition que le CIO approuve en 1976 et dont La premières éditions des JIOI a lieu à la Réunion. Les objectifs des jeux étaient et demeurent centres autour des certains grand principes, entres autres la contribution à la coopération régionale à travers le sport, la compréhension mutuelle entre les peuples des îles de l’Océan Indien dans l’esprit olympique et favoriser le développement des infrastructures des pays de la zone qui accusaient un retard considérable.

 

Les défis d’aujourd’hui

 

Les JIOI s’écartent de plus en plus de ce vœu pieux de camaraderie entres peuples de l’Océan Indien. Tout spectateurs ou téléspectateurs des derniers jeux à Maurice ont pu malheureusement constater à quel point le sentiment nationaliste et chauvin du pays organisateur a gâché la fête. Les politiciens au pouvoir jusqu’au plus haut niveau ont saisi l’occasion de prendre le sport en otage. Le sens de l’accueil des amis des pays voisins a volé en éclat. Les stades, les gymnases, la piscine et les autres aires de jeux ont été témoins de hordes bruyantes et agressives de supporteurs du pays hôte. L’hystérie a remplacé la sportivité, le sens de la réserve des officiels a été remplacé par un parti-pris sans précédent et indécent. Pour les commentateurs du pays hôte, c’était du patriotisme, mais mettez-vous dans la peau d’un Réunionnais, d’un Seychellois, d’un Maldivien ou encore d’un Malgache devant un tel déchainement de passions primaires !

Le monde politique a mis sa grosse main sur les retombées populaires jusqu’à voir les plus hauts responsables de l’Etat mauricien se comporter en vil supporteur sans ‘fair-play’, déambulant et dansant sans pudeur devant les délégations étrangères dans le box VIP, bousculant les sportifs ou les rétrogradant au second plan pour bien se montrer sur la photo de la victoire. Il n’y a qu’à parier que les photos alimenteront bientôt les campagnes électorales des uns et des autres dans le pays.

Ensuite il y a le défi de ce qu’on peut appeler : ‘la victoire à tous pris avec les disciplines qu’on domine’. Chaque pays veut imposer un sport où il domine ou qu’il est pratiquement seul à pratiquer et à maîtriser même si aucun pays de la région ne peut rivaliser. Le handball en est un parfait exemple avec le pressing continu de la Réunion…Pour eux, vaincre sans péril est tout honneur, pourvu qu’on ait la médaille d’or !

Puis on assiste de plus en plus à un fossé grandissant entre pays nantis de la région et ceux plus défavorisés. Les moyens sont colossaux d’un côté, et très minces de l’autre côté. L’examen des moyens mobilisés par la Réunion et Madagascar reflètent un écart effarant. Oubliée la justice sportive !

 

Défi politique

 

L’autre défi majeur est politique et il émane surtout de la situation à équivoque de La Réunion et de Mayotte, deux territoires possédés par les Français. La France veut toujours imposer ses points de vue diplomatiques alors que les autres Etats indépendants de la région résistent à cette attitude. Les relations entre les Comores et Mayotte viennent ajouter encore de complications dans les chancelleries. Menaces de boycott de couper le financement des jeux, tout est permis dans ce petit monde. N’oublions pas aussi l’énorme pression de La Réunion qui veut imposer des athlètes de la France métropolitaine au sein des compétitions des jeux. Esprit sportif, quand tu nous abandonnes !

Un des grands principes des jeux a certainement disparu lors des derniers Jeux de Maurice avec l’hébergement des athlètes et des officiels dans des hôtels à touristes. Ça a d’emblée tué la vraie atmosphère et ambiance des Jeux des îles tout en donnant un sens de vacances à deux semaines qui demandent au contraire des efforts. Fini la camaraderie et l’entente bon enfant dans un village de jeux qui ressemblaient jadis a une continuation de la fête. On a cherché ou choisi la facilite, on a tué l’esprit des jeux !

Et pour mettre fin à cette liste non-exhaustive, il faut citer la détérioration du niveau de l’organisation. Le méga-scandale de la vente des billets pour les compétitions, l’état honteux d’un terrain de football où était censé se disputer une finale, le retard inacceptable dans l’attribution des cartes d’accréditations aux délégations étrangères et aux journalistes des pays visiteurs. Le manque de considération primaire pour la presse de la région et de ses journalistes était tellement flagrant ou plutôt absente que la presse étrangère a été tout simplement oubliée. Pas de service de documentation de résultats, presque pas de lieu réservé aux journalistes sur les sites et si bien s’il y en avait un, ces lieux étaient envahis par des personnes qui n’avaient rien à faire avec les médias. Presse étrangère bafouée, snobée et surtout ignorée.

 

Les Seychelles : bonne prestation mais peut mieux faire

 

Pour sa dixième participation, les Seychelles étaient quatrièmes au classement général final des médailles. Au total, les Seychelles ont terminé quatrièmes au général à sept reprises – en 1985 à Maurice, en 1990 à Madagascar, en 1993 aux Seychelles, en 1998 à La Réunion, en 2007 à Madagascar, en 2015 à La Réunion et en 2019 à Maurice. Par contre, le pays a terminé troisième deux fois – en 1979 à La Réunion et en 2003 à Maurice. La meilleure performance de l’équipe des Seychelles à l’extérieur date de 2003 à Maurice lorsque le pays avait récolté 113 médailles – 43 en or, 40 en argent et 30 de bronze.

Les Seychelles ont enregistré leur meilleure performance lors de la huitième édition de ces Jeux que le pays avait organisée en 2011. Devant leur public, les athlètes seychellois ont donné une belle démonstration pour récolter 118 médailles au total – 57 en or, 24 en argent et 37 de bronze – permettant aux Seychelles de terminer deuxièmes derrière La Réunion qui a décroché une médaille d’or de plus que le pays hôte. Le nombre de médailles remportées par La Réunion aux JIOI 2011 était 179 médailles – 58 en or, 66 en argent et 55 de bronze.

 

                                                            Or     Argent     Bronze   Total

Réunion en 1979 (3ème)                         11             8             10           29

Maurice en 1985 (4ème)                           6             9              9            24

Madagascar en 1990 (4ème)                    6             4             13             23

Seychelles en 1993 (4ème)                     19           24            32             75

Réunion en 1998 (4ème)                        13             26          29              68

Maurice en 2003 (3ème)                         43           40            30           113

Madagascar en 2007 (4ème)                   35           27           37              99

Seychelles en 2011 (2ème)                    57           24           37             118

Réunion en 2015 (4ème)                        25            40           31            96

Maurice en 2019 (4ème)                        28           32            50            110

(La performance depuis 40 ans)

 

Baisse de régime

 

Au cours des cinq dernières éditions des Jeux, le nombre de médailles d’or remportées a diminué, à l’exception de l’édition de 2011 où le pays avait accueilli l’événement. Nos performances ont également baissé dans les disciplines sportives où nous avions l'habitude de remporter des médailles d'or, notamment en boxe, en badminton, la voile et l’haltérophilie.

Aux derniers Jeux de Maurice, les Seychelles n’ont remporté que quatre médailles d’argent et deux médailles de bronze en boxe. C’est la première fois dans l’histoire des JIOI que la boxe seychelloise n’a pas décroché une médaille d’or. En ce qui concerne le badminton, nous n'avons gagné qu'une médaille d'argent et deux médailles de bronze. Même en haltérophilie, où nous excellions, la performance de la Team Seychelles a chuté. Nous avons toutefois réussi à maintenir notre bonne performance en natation, tandis que l’équipe féminine de volley-ball a réussi à défendre son titre pour la deuxième fois consécutive pour réussir un triplé. C’est la première fois dans l’histoire de ces jeux qu’une équipe réussisse la passe de trois médailles d’or consécutive – 2011 aux Seychelles, 2015 à La Réunion et 2019 à Maurice.

 

Comment l’expliquer ?

 

Selon un responsable du Conseil National des Sports (NSC), les résultats sont liés aux mauvaises planifications et mauvais préparatifs de la part de certaines fédérations sportives locales avant les jeux.

L’intégration de jeunes joueurs au sein de différentes sélections est également une des raisons principales de la baisse des performances, car les jeunes athlètes n’ont pas encore acquis de l’expérience pour rivaliser avec les meilleurs à ce niveau.

 

Les JIO1 – la suite sous un nuage sombre

 

L’avenir semble encore plus inquiétant que jamais. Sans mésestimer la capacité des Maldives à organiser les prochains JIOI, il semble certain que des difficultés majeures pour ne pas dire insurmontables vont faire régresser ces jeux et son esprit.

Il y a d’abord cette question de connectivité des tous les pays participants avec les Maldives. Aucune liaison aérienne régulière, et surtout une incapacité à mettre des vols nolisés spécialement pour ces jeux. Il faut aussi évoquer la capacité d’accueil des Maldives pour les athlètes d’abord et surtout les nombreux supporteurs de tous les pays participants.

Malé, la capitale des Maldives est une ville ou plutôt une île suffoquée par une surpopulation. Aucune infrastructure hôtelière digne de ce nom n’existe sur l’île-capitale maldivienne. Pour trouver des hôtels, il faut prendre des bateaux ou des hydravions sur de très longues distances. Aux Maldives, les hôtels sont chacun situé sur une île différente et sont surtout très loin en avion ou bateau de la capitale.

Donc, plus question de supporteurs venant des pays de la région. Ce sera plutôt des jeux organisés par les Maldives pour les Maldiviens avec à coup sûr une démonstration d’un nationalisme exacerbé. Les organisateurs des prochains JIOI ont bien du plan sur la planche pour préserver ou plutôt, sauver les jeux.

 

R. D. et G. G.

 

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