‘Les Correspondances de Malavois’ remises au ministère du tourisme et de la culture |07 November 2013

Pendant les 73 années de présence française aux Seychelles, entre la première visite de Lazare Picault en 1742 et le Traité de Paris en 1814 où à la suite de la défaite de Napoléon à Waterloo la France céda les Seychelles à la couronne britannique, se sont illustrés de nombreuses personnalités françaises. Tels, Mahé de La Bourdonnais, Nicolas Morphey, Pierre Poivre, Quéau de Quinssy, Alexis Rochon, Charles Routier de Romainville, le duc de Praslin.
L’un de ces figures historiques, Louis Jean Baptiste Philogène de Malavois, est décrit par l’historien Richard Touboul comme « le plus marquant de ces personnages ». C’est l’historien lui-même qui, représentant la Bibliothèque de Caen, a offert ‘les Correspondances de Malavois’ aux Archives Nationales des Seychelles.
Il a, la semaine dernière, remis au Ministre du Tourisme et de la Culture, M. Alain St. Ange le document datant de 1787 et constitué de 8 mémoires.
La cérémonie de remise du document décrit comme « essentiel de la période française aux Seychelles » s’est déroulée à l’Institut Créole à Au Cap, en présence de l’Ambassadrice de France aux Seychelles, Mme Geneviève Iancu, de la Vice-Présidente de la République de Maurice Mme Monique Ohsan-Bellepeau, de la présidente du Conseil Général de La Réunion, Mme Nassimah Dindar, du président du Conseil Régional de La Réunion, M. Didier Robert ainsi que l’Ambassadeur des Seychelles auprès de la Commission de l’Océan Indien, M. Calixte d’Offay.
Choisi pour ses grandes compétences et nombreuses expériences en Inde et en Isle de France en qualité d’ingénieur des Colonies, Malavois reçoit la mission en novembre 1786, par le Vicomte de Souillac et Motais de Narbonne représentant alors les autorités d’Isle de France et de Bourbon, de se rendre aux Seychelles. Il transporte dans ses valises un Règlement provisoire constitué de 14 articles destiné aux habitants de ces îles.
Dès son arrivée, il entreprend un exceptionnel travail couvrant d’innombrables domaines. Moins de 3 mois après son arrivée, il rédige à l’endroit du Chevalier d’Entrecasteaux, nouveau Gouverneur d’Isle de France, 8 mémoires s’étalant du 1er mars au 2 avril 1787. Ces travaux d’une remarquable qualité constituent un véritable trésor historique du patrimoine commun franco-seychellois.
Ces pièces donnent un tableau saisissant des Seychelles en 1787. Malavois nous dresse un état des lieux de l’archipel en y abordant de manière exhaustive tous les aspects : géographique, géologique, minéral, naturel à travers la flore et la faune, le peuplement, les exploitations agricoles, le remembrement des terres et l’état des bâtiments.
Remarquable écologiste, soucieux et conscient des risques de disparition de certaines espèces animales menacées par l’homme, notamment par les excès de prises de tortues terrestres et de tortues marines, il décide désormais d’en limiter la prise voire d’en interdire la capture. Il en sera de même pour les arbres rares et précieux des forêts menacés par des coupes sauvages et excessives.
Malavois sera donc le premier à créer des réserves naturelles pour la protection des espèces menacées. Il fera ainsi des îles Sainte Anne, aux Cerfs et Silhouette de véritables sanctuaires naturels sous forme de parcs à tortues terrestres de grandes capacités. Ainsi à Ste Anne il prévoyait d’y élever 3 000 tortues terrestres et à l’île aux Cerfs 4 000, imposant aux rares habitants de quitter leur île pour Mahé. Dans le port Royal de l’Etablissement du Roy, aux pieds de la Pierre de Prise de Possession, il prévoyait une aire de protection et d’élevage pour 300 tortues marines.
Anticipant peut-être des risques de pénurie d’eau potable il envisagera même de faire détourner une partie du ruisseau de l’Etablissement par un petit canal afin d’y établir un réservoir d’eau douce.
D’après M. Touboul, ces mémoires dénotent chez Malavois une extraordinaire méthodologie de travail.
« Un véritable talent de gestionnaire procédant fréquemment, de manière moderne, par l’observation, l’analyse, la synthèse et l’application de solutions. Il permettra ainsi, grâce à une riche expérience, de développer l’agriculture par une meilleure exploitation des sols en affectant des semis spécifiques à chaque type de terre », nous dira-t-il.
Malavois devenu Commandant des Seychelles de 1789 à 1790 marquera durablement de son empreinte l’histoire de l’archipel et contribuera ainsi à sa manière à l’émergence des Seychelles d’aujourd’hui.
Ces mémoires constituent donc pour les historiens et les chercheurs un très important champ de recherches sur la période française aux Seychelles.
Lors de la présentation, M. Touboul a tenu à remercier particulièrement la direction de la Bibliothèque de Caen pour sa contribution exceptionnelle à l’enrichissement du patrimoine historique des Seychelles.
A noter qu’en en 2012, M. Touboul avait déjà remis un document essentiel de la période française aux Seychelles : ‘le Traité de Paris du 30 mai 1814’, traité qui fut par la suite ratifié par le Congrès de Vienne de 1815 et qui par son article 8, la France céda en toute propriété à la Couronne britannique l’Isle de France et certaines de ses dépendances dont Rodrigues et les Seychelles, mettant fin ainsi à 73 années de présence française aux Seychelles de 1742 à 1815.




