« Je n’oublierais jamais ce qu’ils avaient fait pour moi » |08 June 2020
Je devrais écrire cette histoire qui m’est arrivée vendredi et qui m’étouffe parce que je n’ai jamais vécu un tel bouleversement mais…justement je ne trouve pas les mots qui diraient vraiment ce qui me stupéfie. Plus de mots. Des émotions. De la reconnaissance, mais l’incapacité de la formuler.
Vendredi, j’ai repris la voiture que le garagiste m’avait rendue la veille au soir, malgré le fait que je n’avais pas assez de l’argent qu’il me demandait ? Déjà une troisième belle somme. Je fais dix kilomètres et à un carrefour étroit le moteur s’éteint devant Sacos. Circulation complètement bouleversée, car en plus de ma position qui bloquait tout, une énorme averse de la nuit précédente avait envahi ce carrefour et toutes les voitures devaient rouler par-dessus 15 centimètres d’eau, environ. Je ne sais pas exactement. Je suis descendue, pieds et jambes trempées pour essayer d’ouvrir le capot et de forcer la batterie à reprendre de la force, mais c’était inutile. Des tas de gens, des bus, des motos m’ont dépassé avec un air désolé. Pas méchant. Finalement, une voiture s’est placée devant la mienne, au bord du mur circulaire qui entourait ce contour ? Ils sont sortis de leur auto et m’ont dit qu’ils allaient me pousser plus près du mur de manière à moins gêner la circulation. Mais mon auto est une automatique.
Pas question de la faire avancer… Ils y sont quand même arrivés en mettant une position neutre sur l’indicateur de position dans la voiture et en enlevant le frein. Arrivée, contre ce mur, je ne savais pas ce que j’allais faire. Moins gênante, mais toujours bloquée. Une dame m’a dit qu’elle allait entrer dans une des maisons derrière ce grand mur et qu’elle allait appeler à l’aide. Mais le temps passait et rien. Finalement, deux autres personnes ont bloqué la circulation volontairement pour me permettre de contourner le chemin et arriver dans un parking à environ 75 mètres de là. Ils poussaient et je devais tenir le volant et freiner quand nécessaire (trois fois) pour enfin arriver dans un endroit en sécurité, près de l’école d’Anse Etoile.
J’avais quitté ma maison à 8h30, il était alors 10h30. Imaginez. Pas le moindre mouvement dans le moteur. J’ai dit aux deux gentilles personnes qui étaient venues jusqu’au parking, que je partais en ville pour remettre de l’essence, parce que j’avais vu qu’il était urgent d’en remettre. Ils ont regardé puis m’ont dit qu’ils allaient en chercher si le problème était ça. Deux autres personnes ont essayé de refaire démarrer, me disant que ce n’était pas un problème d’essence, mais que, peut-être, en roulant dans la mare d’eau, j’avais abimé quelque chose. L’un d’eux a même proposé de tirer ma voiture derrière la sienne jusqu’à un garagiste en qui nous avons tous confiance. Mais quand il a appris que la veille j’avais dû faire réparer l’auto par un autre garagiste, parce que le problème exigeait qu’on puisse mettre l’auto en l’air pour arranger le problème, il a compris et à ce moment, les deux gentils sont revenus avec de l’essence. Qu’ils ont vidée dans la mienne. Silence. Rien. Alors, le conducteur de cette voiture a sorti de son coffre arrière un fauteuil roulant, l’a amené à côté de son passager et j’ai vu sortir un infirme sans jambes ni cuisses du tout qui s’est amené rapidement devant ma voiture. Il avait fait sortir du coffre de son ami une valise remplie d’outils et il a commencé à tout vérifier. Je n’avais jamais vu cela.
Vingt minutes de vérification, de réparations et enfin, le moteur est reparti avec l’aide de son ami auquel il ordonnait d’essayer et puis d’éteindre. Il m’a ensuite dit qu’il fallait acheter une pièce avant de pouvoir réutiliser l’auto. Il était 11h15. Je n’avais plus d’argent sur moi, ayant donné la veille tout ce que j’avais au garagiste à qui j’avais fait confiance….. Alors, ils ont mis la valise d’outils dans mon coffre et moi je leur ai donné ma carte bancaire avec le numéro et ils sont partis chercher la pièce nécessaire. Je les ai attendus environ une heure, je ne sais plus. J’ai sorti la chienne qui était désespérée depuis si longtemps et elle a pu enfin faire le tour du parking et faire pipi. Moi, je me suis allongée par terre, et j’ai attendu… la tête vide. Quand ils sont revenus, environ une heure plus tard, j’ai repris conscience, et je les ai vus remettre une pièce dans le capot, puis me dire que cela pourrait aller et que je pouvais faire mes courses. Je leur ai demandé ce que je leur devais, j’ai insisté et ils ont simplement tous les deux regardé le ciel. J’ai dit que je n’oublierais jamais ce qu’ils avaient fait pour moi et que si je pouvais faire quelque chose, je le leur demandais du fond du cœur. Ils sont partis en souriant. Je ne les oublierai jamais, Ralph Ernesta le conducteur et Pirame André le mécanicien.
Colette Gillieaux




